SAFED  REVISITEE..

 

Safed au 19° siècle

 

Elle a survécu à mille catastrophes : guerres, famines, épidémies ou tremblements de terre. Oui, Safed (Tsfat) est bien la ville des miracles !

Etalée au sommet d’une montagne (entre 750 et 835m) de la Galilée (hébreu : Galil : cercle, circuit ou frontière, district territorial. On trouve la mention « Galil haGoyim » dans Isaïe, traduit généralement par « district des Gentils ») , Safed est une petite ville d’environ 20 000 habitants, très fréquentée par les touristes à la belle saison. Toutefois sa réputation tient plutôt à son rôle majeur dans l’histoire de la religion et de la mystique juives. C’est également l’une des quatre villes saintes d’Israël, avec Jérusalem, Hébron et Tibériade. Chacune de celles-ci est associée à un élément, naturel et spirituel (ésotérique). Ainsi Safed est associée avec l’air, Jérusalem, le feu, Hébron, la terre et Tibériade (Tiverya), l’eau. Le Zohar évoque la particularité de l’air à Safed : c’est le plus pur de tout Israël. A ce sujet, on rapporte l’histoire de Rabbi Menahem Mendel de Vitbesk qui quitta Safed pour s’installer à Jérusalem. A la question qu’on lui posait « pourquoi êtes-vous parti de Safed ? » il répondit que l’air de la cité était si pur et si sacré que toutes les nuits des voix célestes se faisaient entendre et l’empêchaient ainsi d’obtenir un sommeil normal !  Le Saint Zohar nous apprend aussi « que le Messie (Mashia’h) viendra, en premier, en Galilée, et que c’est en ce lieu que les morts se relèveront et se réuniront ». D’après le Rémaz, cela désigne sans équivoque Safed. Une légende affirme que Yaacov Avinou (Jacob, notre Père) étudia à Safed durant de nombreuses années.

Curieusement, les références bibliques ou talmudiques concernant cette ville sont très rares. Certains commentateurs bibliques avancent que Safed fut l’une des 48 villes-refuges mentionnées dans les textes (voir Josué 20 et 21) On suppose également que ses hauteurs auraient servi de « relais » pour annoncer le début du mois nouveau (Rosh Hodesh) ou des jours de fêtes. Des torches, fixées au bout de longues perches de cèdre, étaient agitées, jusqu’à ce qu’apparaisse une lueur sur le somment d’une autre montagne, au loin, et ainsi de suite à travers tout le pays. Par deux fois, le nom de Safed est cité dans la Bible. Dans les Chroniques (14,9) c’est une vallée en Judée, tandis que dans les Juges (1,17) c’est bien une ville mais située sur le territoire de Shimon, dans le sud du pays ! Dans le Talmud Bavli (de Babylone), de même, deux références très succinctes. Il y est évoqué une certaine cité, nommée « Tsoufim » (nom dérivé du verbe « tsofé » : observer) où l’on produisait un miel de qualité. Serait-ce Safed (Tsfat) ? L’autre citation concerne un Cohen (prêtre) signalé comme originaire de Safed. Par contre le Talmud Yerushalmi (de Jérusalem :cette « version » est moins utilisée que celle dite Bavli. Traité Rosh HaShana –Nouvel an-) nous parle de la ville de Tzefat.

Le général juif devenu historien, et citoyen romain, Josèphe Flavius (de son vrai nom Joseph ben Mattathias, 38-100 de notre ère) évoque Safed comme étant l’une des villes qui se fortifia en l’an 66, en vue de la révolte contre Rome. HaMetsouda –la citadelle- visible actuellement au cœur de la ville, sur le mont Tsfat, est celle des Croisés, bâtie en 1140 sur les vestiges de la forteresse juive, en vue de contrôler la route de Damas.

Malgré la destruction du deuxième Temple et les exils, il semblerait que Safed ai conservé une communauté. Les clans des Kohanim (prêtres) de Yaqim et de Pash’our y résidèrent. La région de Safed connut bien entendu les guerres qui opposèrent les Croisés aux troupes musulmanes (voir la citadelle ci-dessus) Le voyageur juif Judah Al-Harizi (1170-1235, d’origine espagnole. Poète en hébreu, traducteur de l’arabe, auteur du « Livre de Takhkémoni », une série d’épisodes humoristiques, de versets spirituels et de jeux de mots. Traduisit le « Guide des Egarés » de Maimonide) relate dans ses écrits qu’il y trouva une communauté lors de sa visite en 1216.

 

ORIGINES MYSTERIEUSES

L’origine même du nom de Safed/Tsfat demeure énigmatique. L’explication la plus populaire est que c’est un acronyme de Tsévi (la gazelle, synonyme de beauté, splendeur) Pé’er (note : le P est aussi en hébreu F) (magnificence) et Tiféreth (gloire) mais les rabbins lui préfèrent celle-ci, plus religieuse : les initiales des mots désignant des objets caractérisant le Juif pratiquant : Tsitsith (franges rituelles du châle de prière –tallith-) Péoth (P se lisant F) (boucles de cheveux traditionnelles) et Téfilines (phylactères)

 

RENAISSANCE

Il faudra attendre la fin du 15° siècle pour assister à l’installation durable des Juifs dans cette région. Nous avons ainsi une trace écrite de la première élection, en 1490, du grand rabbin de Safed, Rav Yossef Saragossi (ou Bennea ou Habannai : le Bâtisseur) Celui-ci était également connu comme le « Saint blanc » (Tzaddik HaLavan) car il réalisa un miracle (en fait après sa mort, car ce miracle se déroula près de sa tombe), des centaines de poules de couleurs très variées, devinrent, toutes, blanches. En effet, le gouverneur musulman, qui haïssait les Juifs, avait ordonné qu’on lui apporte, en tribut, plusieurs centaines de poules blanches, sachant parfaitement que celles-ci étaient naturellement peu nombreuses. Ainsi, tous furent sauvés de représailles certaines.

Avec l’arrivée en 1518 des Ottomans, une nouvelle ère allait débuter avec le règne de sultan Séliman le Grand (connu également sous le nom de Séliman Abou Alim, il est le fils de Sélim 1er) Il se révéla un grand ami et admirateur des Juifs, leur accordant des privilèges et des postes dans son administration. On rapporte qu’il demanda à son médecin particulier, Rabbi Moshé Hamon (son père avait été le médecin du sultan Sélim 1er) de traduire la Torah et des livres de prières, en arabe. Le monarque les aurait étudiés avidement, ce qui renforça son estime pour ses sujets juifs. Son règne durera 46 ans, jusqu’en 1566. C’est lui qui lança de vastes projets à travers tout le pays. Les murs qui entourent, encore de nos jours, la Sainte Ville de Jérusalem, font partie de ses œuvres (les travaux débutèrent en 1527 pour s’achever en 1544) Placée sur la route des caravanes, reliant Acre (Akko) à Damas, Safed bénéficia largement des activités commerciales renouvelées (commerce du miel, de la soie et des épices, par exemple). A la fin du 16° siècle, il y avait plus de 21 synagogues et 18 « batei midrashe » (centres d’études religieuses) alors qu’au début de ce siècle il n’y en avait eu que 3 ! (un voyageur de Leghorn, Italie (nom ?) visitant la région en 1523, parle de 300 familles juives et de trois synagogues à Safed, ainsi que 40 autres familles dans le village de En Sethun, non loin de Safed, avec une synagogue abritant pas moins de 21 Rouleaux de la Torah (Sifré Torah).

Fait remarquable, l’installation en 1577, par les deux frères Ashkenazi, de la première presse d’imprimerie en Asie. L’année suivante, le premier livre en hébreu y fut imprimé, le « Léka’h Tov » (La bonne leçon), un commentaire du Rouleau (Méguila) d’Esther, rédigé par un disciple de Yossef Karo, R. Yom-Tov (Tsahalon).

C’est l’époque de l’arrivée d’un grand nombre de rabbins érudits ou de kabbalistes de renom. (Note : la transmission de la Kabbalah qui s’était faite oralement de génération en génération, par de saints hommes, et donc restreinte dans sa diffusion, fut quasiment interrompue après la disparition de Moses Rachmanides (le Ramban, 1194-1270) La chaîne de cette transmission fut brisée et les nouveaux penseurs mystiques commencèrent à rédiger leurs propres interprétations des textes fondamentaux de la Kabbalah, ce qui ne manqua pas de susciter une certaine confusion ainsi que de trop nombreuses polémiques entre les divers auteurs. Ainsi pendant plus de deux siècles, la tradition fut-elle menacée par ces graves divergences. La pérennité de la Kabbalah n’était plus assurée. Safed sera le lieu privilégié d’où la « Science ultime » pourra rayonner, à nouveau, dans toute sa clarté et sa grandeur)

Nous n’en citerons que quelques uns, parmi les plus éminents, faute de place. R.Yossef Caro (1488-1575) originaire d’Espagne et installé en Turquie puis à Safed (1536). Il est surtout connu pour avoir compilé le Shoulkhan Akhour (la Table dressée), un code des lois rituelles, aujourd’hui étudié et suivi par toutes les communautés à travers le monde entier

(note : à l’origine, ce code était destiné uniquement aux Sépharades, mais plus tard, on y ajouta un supplément, le Mappah –la Nappe- écrit par Moses Isserles, (1525-1572, connu sous l’acronyme de « Rema ») un rabbin de Pologne, érudit en matières légales, et codificateur, et qui couvrait les aspects de la Loi du point de vue des Ashkénazes) 

R. Isaac Louria (1543-1572, le Ari, ou « le Lion » –acronyme pour « le divin Rabbi Isaac- également connu sous le nom de Isaac Ashkenazi, son père étant originaire d’Allemagne ou de Pologne) Né à Jérusalem, il vécut au Caire, où il étudia avec d’éminents rabbins et commença à explorer la Kabbala. Il arriva à Safed vers 1570 où il continua ses études mystiques avec R. Moses Cordovéro. C’est lui qui identifia les tombes de nombre de Sages situées près de Safed. Chaque vendredi après-midi, il se rendait près des sépultures avec ses disciples pour s’y prosterner, afin de communier avec les âmes des défunts. Coutume toujours pratiquée de nos jours par les Hassidim. Le Ari laissa peu d’écrits, car lui et son principal disciple, R. Hayim Vital, souhaitaient garder secrets leurs enseignements. Toutefois, les autres disciples se chargèrent de les propager. Au cours du 17° siècle, la Kabbala lurianique était répandue à travers tout le monde juif. Les Hassidim modernes sont toujours fortement imprégnés de l’enseignement du Ari, et leur liturgie s’est développée à partir de ses doctrines.

R. Hayim Vital (1542-1620) le grand mystique, étudia avec R. Isaac Luria pendant deux années, jusqu’à la mort de ce dernier. Son œuvre est prolifique. Son ouvrage « Etz HaHayim » (l’Arbre de la Vie) est considéré comme l’œuvre de référence pour les enseignements de la Kabbala lurianique. En dehors de Safed, il habita à plusieurs reprises à Jérusalem et finit sa vie à Damas.

R. Solomon Alkabetz (1505-1576 ou 1580 ?) poète et mystique, vint de Turquie en Eretz Israel, en 1535, suite au conseil dispensé par un esprit angélique (maggid). Il faisait partie de ces mystiques qui, vêtus de blanc, s’en allaient le vendredi soir, hors des murs, accueillir la « Reine Shabbath » L’hymne qu’il composa pour la circonstance, le « Lekha Doddi » (Va, mon ami, au-devant de la fiancée et allons recevoir la face de Shabbath.. ») est toujours chanté avec ferveur dans toutes les synagogues du monde, lors de l’inauguration de Shabbath. Selon la tradition, R. Alkabetz fut assassiné par un Arabe qui l’enterra dans sa cour, au pied d’un figuier. Ce dernier se  mit à fleurir immédiatement, et à produire d’énormes fruits, et ceci en dehors de la saison normale ! Cet événement fut connu du gouverneur provincial qui manda l’Arabe et lui demanda quel était son secret. Le meurtrier, craignant d’être démasqué, garda le silence, ce qui poussa le gouverneur à le faire avouer par la torture. Il raconta toute l’histoire et fut condamné à être pendu à ce même figuier.

R. Moses Cordovero (le Ramak, 1522-1570) probablement né à Safed, était le beau-frère de R. Alkabetz. C’est une figure marquante de la Kabbalah (voir notre rubrique Kabbalah pour plus de détails sur ses œuvres) dont l’empreinte est éternelle. Il prônait l’humilité et la bonté dans ses enseignements. Il écrit « de même, un homme, en quelques circonstances que ce soit, ne doit refuser de dispenser de la bonté à tous. Les péchés et les mauvaises actions des autres ne doivent pas venir à son esprit et l’empêcher de réaliser une bonne action. Comme nous le savons, le Tout-Puissant soutient constamment chaque chose dans la création, et ne regarde aucune créature avec dédain (car si Il le faisait, le monde cesserait d’exister instantanément !) Il supervise chaque chose et donne miséricordieusement à tous… Même la plus petite créature doit avoir de l’importance à ses yeux, et il doit penser comment il peut lui faire du bien.. » (Tomer Devorah –le Palmier de Dévorah- traduit par Ch. Mopsik) Il écrivait au sujet de la « kavana » (intention/concentration dans la prière ou ferveur) «Une prière sans kavanna ne possède pas d’ailes pour voler à travers les airs purs et saints, et ne peut franchir le firmament raffiné et les hôtes célestes. Quelqu’un qui prie avec kavana, par contre, met des ailes à ses prières, et elles seront guidées vers les cieux. Ses prières s’élèveront jusqu’au palais du Roi. Là, elles seront reçues à l’intérieur du palais, et leur influence ascendante sera répondue par le Roi Lui-même par une influence réciproque et descendante, vers la terre en provenance des Cieux » (Pardes Rimonim, Shaar HaKavanna)

A la fin du 16° siècle, après avoir atteint les plus hauts sommets mystiques, Safed allait connaître des temps difficiles. Avec ses 6000 habitants juifs, elle demeurait la plus importante communauté d’Eretz Israel. Avec la disparition des grands maîtres en Kabbalah, un déclin spirituel s’amorçait, accéléré par une désastreuse situation politique et économique. Dans les années 1620, le despote musulman Even Paruch s’attaquait à la communauté juive de Jérusalem en emprisonnant quinze de ses dirigeants. Ceux-ci furent libérés contre une énorme rançon (11000 groush) Les Juifs durent continuer à verser des sommes d’argent considérables au tyran et de ce fait furent contraints à emprunter auprès de riches Arabes. Devant cette situation intolérable, R . Horowitz, le grand rabbin de Jérusalem, décida de s’enfuir de la ville en compagnie d’autres dirigeants. Tous se réfugièrent alors à Safed. En dépit d’une situation défavorable, tant spirituelle qu’économique, quelques individus persistait dans leur quête religieuse, ainsi R. Yaakov Tzemach, d’origine portugaise. Pendant six années, celui-ci étudia le Talmud et la loi juive (Halakha) mais, désirant acquérir des connaissances en Kabbalah, il ne put trouver un mentor et dut partir pour Damas, puis plus tard pour Jérusalem.

R. Tzemach devint l’un des plus grands kabbalistes du 17° siècle, et le plus ardent défenseur des écrits de R. Vital.  Au 18° siècle, la plupart des nouveaux arrivants choisissaient Jérusalem comme lieu de résidence. L’éclat de Safed semblait un peu terni. Durant les années 1740 ; plusieurs groupes de Hassidim vinrent à Safed, parmi eux R. Eliezer Rokeach, grand rabbin d’Amsterdam. Deux raisons motivaient leur choix. La première, étant que Safed, à leurs yeux, demeurait la ville des Mékoubalim (kabbalistes) possédant de nombreuses synagogues et yéshivoths, et conservant les tombes des grands tzaddikim. La deuxième, plus pragmatique, était que Jérusalem restait interdite aux Ashkénazes, suite à leur expulsion brutale par les musulmans en 1721 (durant laquelle fut détruite la grande synagogue de Churbah –ce nom signifiant détruite-). Hélas, ce groupe rencontra une vive opposition de la part de certains résidents de Safed, et après le décès de R. Rokeach en 1742, la plupart de ses membres repartirent pour l’Europe.

 

ET LA TERRE TREMBLA

Le 9 du mois de Cheshvan 1759, un tremblement de terre de grande magnitude secouait la ville et la transformait en un immense tas de gravats. Plus de 2000 morts (dont 190 Juifs) et encore plus de blessés. Un mois plus tard, un autre séisme complète l’œuvre de destruction. En plus des vingt nouvelles victimes, six autres synagogues se sont effondrées, ainsi que des centres d’études (batei midrash). La population, terrifiée, se précipite sur les routes et se réfugie en diverses villes (Jérusalem, Acre, Sidon, etc.) Seules, 50 familles demeureront sur place, et tenteront de reconstruire la cité ruinée. Le flambeau de la foi n’était pas éteint.

 

NOTE : d’un point de vue géologique, ce séisme s’explique, hélas, logiquement. Safed est tout simplement située sur une faille (la grande faille syro-africaine, longue de 6500 km) une sorte de fracture, mal guérie, de l’écorce terrestre, courant depuis l’Afrique orientale jusqu’à la Syrie. Zone très instable, géologiquement, et donc sujette à des tremblements de terre réguliers. On notera que Jérusalem est également placée sur cette faille. Le dernier séisme date seulement du 11 février 2004. Les secousses furent ressenties à travers les régions situées au nord du Négev, ainsi que dans les pays voisins. Certains bâtiments de la Knesseth (Parlement) à Jérusalem, ont été fissurés. L’intensité fut de 5 sur l’échelle de Richter (à comparer avec celle du tremblement de terre survenu en 1927, qui atteignit 6.2. On remarque qu’en dépit de cette menace bien réelle, très peu de mesures ont été prises en faveur de la construction d’édifices aux normes para-sismiques ! Un laisser-aller scandaleux aux yeux des architectes et urbanistes..

 

LES PEROUSHIM

Le début du 19° siècle sera tout d’abord marqué par l’arrivée des troupes de Napoléon Bonaparte. En avril 1800, ces dernières mirent en déroute l’armée turque lors de la bataille du Mont Tabor. Une division française occupa les villes de Tibériade et de Safed, et les habitants juifs furent durement traités (en pleine contradiction avec les discours de Napoléon qui reconnaissaient la validité des droits des Juifs sur la Terre Sainte ! Plus tard, l’émancipation des Juifs de France transformera Napoléon en champion libérateur des Juifs –mais à quel prix pour l’identité spirituelle juive ?-) Ce siècle sera également témoin de l’arrivée d’un grand nombre de « Péroushim », les disciples du célèbre Gaon de Vilna (1720-1797. Elijah ben Solomon Zalman de Vilna. Autorité rabbinique et auteur de 70 ouvrages : commentaires sur la Torah, la Mishna, les deux Talmud (Bavli et Yeroushalmi) le Shoulkhan Arukh, mais aussi des écrits sur la géographie biblique, la grammaire hébraïque, l’astronomie, sans oublier le mysticisme. Il fut un farouche opposant de la Haskalah -les « lumières » de l’émancipation juive- qui mena beaucoup de Juifs à l’assimilation-, et aussi du Hassidisme. Ce dernier attira ses foudres qui se matérialisèrent par l’excommunication de nombreux de ses dirigeants. Il prétendait que ces mystiques, par leur comportement non-conformiste, basé sur les émotions et l’intuition, et plutôt anti-intellectuel, menaçaient l’intégrité du judaïsme. Sa crainte était de voir naître de ce mouvement de masse, une nouvelle forme de messianisme semblable à celle de Shabbatai Tzevi, qui occasionna de graves troubles au sein des communautés. La virulence de ses attaques systématiques contre les Hassidim semble difficilement acceptable. Ce qui ne l’empêcha pas de dire « Le péché de la langue (médisance) pèse autant que tous les autres péchés réunis ».)

En 1809, près de 200 péroushim habitent à Safed, dirigés par R. Israel de Shaklov, un proche disciple du Gaon. Après quelques difficultés, les nouveaux venus s’intègrent à leur environnement. La situation particulière de Safed, avec ses problèmes de logement et son exiguïté, encouragera les péroushim à entretenir de bonnes relations avec les autres communautés, dont celle des Hassidim. Exemple quasi unique de coopération entre des « blocs », normalement opposés en tous points, ou presque ! Une certaine harmonie, faite de judicieux compromis, régnait enfin, jusqu’en cette année 1814, durant laquelle la peste se propagea à travers toute la Galilée, causant un grand nombre de morts. La plupart des habitants de Safed partirent pour Jérusalem, mais là encore sévissait l’épouvantable épidémie. La décennie qui suivit fut ponctuée par d’autres catastrophes : Haim Parchi (ou Farchi) un Juif, assistant du Pacha de Galilée, et « protecteur » des communautés juives, était assassiné en 1819, sur ordre du Pacha Abdullah (qui, orphelin, avait été adopté par Parchi). Son cadavre fut jeté en haute mer. Sa veuve, d’après un contemporain de H. Parchi, l’historien-géographe R. Joseph Schwarz (1804-1865. D’origine allemande, il est considéré comme l’un des pionniers modernes de la géographie et de l’histoire de la Terre d’Israël. Il consacra quinze années de sa vie à arpenter le pays, étudiant scrupuleusement chaque détail, pour en tirer un ouvrage remarquable, « Tebouot ha-Aretz » qui sera traduit en anglais en 1850, puis en allemand, en 1852. Œuvre pour laquelle il reçu une décoration de l’empereur d’Autriche. Il s’intéressa également aux dix tribus « perdues ») s’enfuit pour se réfugier à Damas, mais mourut en route (l’auteur sus-nommé, évoque la possibilité d’un empoisonnement effectué par des sbires du pacha). Elle sera enterrée à Safed. Le despote et assassin ruinera les Juifs de Galilée en créant de nouvelles taxes exorbitantes.

En 1825, des pluies torrentielles causèrent l’effondrement d’habitations, entraînant la mort de nombreux résidents. Après une période d’accalmie sous le gouvernement du Pacha Ibrahim, un autre drame allait éclater, illustrant, une fois de plus, la précarité de l’entente entre les Juifs et les autres communautés (arabe et druze) En juin 1834, les Druzes se révoltent contre le Pacha qui les a forcés à servir dans son armée. Aidés par les Arabes locaux, ils s’arment et pénètrent par centaines dans les quartiers juifs de Safed. Un pogrome qui va durer plus d’un mois ! Les synagogues sont pillées et les rouleaux de Torah sont profanés ; de même pour les habitations. L’imprimerie créée en 1832 par Rabbi Yisrael Bak est saccagée.

(R. Bak. 1797-1874. Installé sur le mont Yarmouk, près de Meron, il fonde la première ferme en Eretz Israël. Il écrivait « J’ai bâti des maisons pour y vivre. J’ai semé des champs. Et la même année, j’ai mangé à satiété les produits de la terre.. malgré que cette terre ne soit pas propice à l’agriculture et truffée de rochers. Qu’importe, mon labeur a porté ses fruits et le Seigneur a été mon aide.. ») Deux ans plus tard, l’imprimerie fonctionnera à nouveau et sortira le premier ouvrage en hébreu, jamais publié, sur les lois religieuses concernant l’agriculture en Eretz Israël, le « Pe’as HaShoulkhan », rédigé par R. Yisraël de Shaklov.

Les Hassidim trouveront un refuge, hélas temporaire, auprès du Kadi, le chef spirituel musulman local, puis se cacheront dans les environs de la ville. L’ordre sera finalement rétabli par les troupes du Pacha, qui exécuteront 13 chefs druzes.

 

1837

Année fatidique qui sera témoin d’un deuxième séisme d’une ampleur extraordinaire. Celui-ci va complètement anéantir la ville et ses diverses communautés, et parachever la destruction des lieux de culte qui avaient survécu à la première catastrophe ou qui avaient été, laborieusement, et à quel prix, restaurés (14 synagogues furent détruites ce jour  et 3 partiellement endommagées : celles de Bat Ayin, du Ari et de Rabbi Yossef Bannai, la plus ancienne de Safed) Safed n’est plus que décombres sous lesquels plus de 5000 personnes, dont 4000 Juifs, ont trouvé la mort (il va sans dire que de nos jours, avec les équipements disponibles, un nombre appréciable de victimes aurait pu être sauvé).  Le pays entier est en état de choc. Certains rescapés comme les disciples du Gaon partiront pour Jérusalem tandis que les Hassidim et les Séfarades resteront pour tenter de reconstituer une communauté.

 

UNE REDEMPTION PROCHAINE ?

Rabbi Avraham Dov de Avritch, arrivé à Safed en 1830, à l’âge de 65 ans, devint rapidement le nouveau dirigeant spirituel des Hassidim. Il se distingua, non seulement par sa grande piété naturelle, mais aussi par sa proverbiale générosité et son attitude courageuse lors de la révolte druze. Il sut, par ses encouragements, insuffler parmi les survivants du terrible séisme, une foi inébranlable dans l’avenir. Un an après la catastrophe, Rabbi Dov prononçait ces paroles « Cette catastrophe est un signe de la rédemption. Le Talmud, dans Sanhedrin, fait allusion à l’époque durant laquelle le Mashia’h (Messie) nous rachètera. Le Mashia’h viendra lorsque « cette porte s’écroulera, sera reconstruite, s’écroulera, sera reconstruite, encore et encore, jusqu’à ce qu’il n’y ai pas assez de temps pour la reconstruire avant l’arrivée du Mashia’h ». Le mot porte en hébreu est « shaar ». Ces trois lettres (shine, ayin et resh) déplacées, épellent le mot « rash » : tremblement de terre. La valeur numérique de ces mots est de 570, équivalente à celle de Safed (Tsaddik, pé et taf). En conséquence, durant les dernières années, il y eu deux tremblements de terre importants, et beaucoup de Juifs ont malheureusement péri. Puisse ceci être le dernier « effondrement de la porte » mentionné par le Talmud, et puissions-nous voir bientôt la rédemption finale ? Amen ! » Hélas, les années suivantes seront témoins d’autres drames : une nouvelle révolte druze, et une épidémie, entraînant un cortège de malheurs.

Grâce à D’ieu, et à un généreux mécène italien, R. Isaac Goyatos, plusieurs synagogues qui avaient été quasiment détruites, seront reconstruites dans les années 1840. Dès lors, la population juive se mit à prospérer, et passa de 200 à plus de 7100 habitants (dont 4950 Ashkénazes) au début du 20° siècle. Avec la reconquête de la Galilée par les Ottomans de 1840, les conditions de vie et de sécurité s’améliorèrent considérablement et encouragèrent l’installation de nouveaux immigrants juifs.

 

PAYSANS  JUIFS

La survie des communautés dépendant principalement des fonds (chalouka) récoltés à l’étranger, il était urgent de trouver de nouvelles voies. Les familles désireuses de cultiver la terre ne manquaient pas mais les difficultés, non plus ! L’hostilité des Arabes, se manifestant en toute occasion, sous forme de vols de bétail ou de récoltes, représentait le problème majeur et décourageait les plus enthousiastes. Sir Moses Montefiore, l’illustre mécène anglais, finança, outre la reconstruction des habitations et des synagogues, l’installation en 1856 de 35 familles Projet qui avorta après que leurs bêtes périrent de maladie ou ayant été volées. Une autre tentative fut menée vingt ans plus tard. Hélas, une période prolongée de sécheresse et des maladies touchant le bétail, mit fin aux rêves de ces pionniers. D’autres paysans originaires de Safed purent s’installer sur les rives du lac de Tibériade et y créer deux villages agricoles qui subsistèrent jusqu’à la seconde Guerre mondiale

(NOTE : en 1873, une plantation d’esroguim (pluriel de esrog : le cédrat, variété de citron, utilisé lors de la fête de Soukkot –des Tabernacles-) était créée à Kfar Chittim, près de Tibériade, dans le but de financer les religieux de Safed. Ces fruits furent exportés principalement vers la Pologne (jusqu’à cette époque, ils provenaient de l’île de Corfou) et connurent un franc succès.

 

EN 1904

(Extraits de la Jewish Encyclopedia, début du 20° siècle) : En 1904, la population de Safed comprenait 7000 Juifs, dont des indigènes ou Moriscos, des Maghrébins des états de Barbarie (Afrique du Nord), des Ajamis de Perse, des Bulgares, et des Ashkénazes de Hongrie, Russie, Pologne, Autriche, et d’autres pays. La plupart subsistant grâce  aux subsides (Haloukah) en provenance d’Europe, bien que nombreux sont qui sont engagés dans le commerce et divers métiers. . La communauté a deux écoles bien organisées, financées par l’Alliance Israélite Universelle et par le baron Edmond de Rothschild, avec des logements pour 73 garçons et 180 filles, en plus d’une trentaine de petites écoles ashkénazes ayant de 10 à 40 élèves chacune. Il existe également un « Talmud Torah » ou « koutab » fréquenté par 80 enfants séfarades. De même, la communauté entretient une organisation sioniste, une association pour l’aide aux femmes (B’not HaGalil), une loge du B’nai Brith, une boulangerie et un hôpital…

 

LA GRANDE  GUERRE

La « Grande Guerre » de 1914-1918, va bouleverser, une fois encore, le fragile équilibre de la ville sainte de Safed et éclater l’empire ottoman. Les Turcs, maîtres de la Palestine, et alliés aux Prussiens, s’opposent militairement aux Alliés (ce seront des forces britanniques -et françaises- qui libéreront le pays en 1917) Le conflit perturbe gravement les voies de communication avec l’Europe, là, où justement les fonds destinés à financer les communautés de Safed, sont récoltés. Le courrier ne parvient en Palestine qu’exceptionnellement. L’appui moral, occasionnel, des consuls étrangers est lui aussi stoppé net. (surtout britannique, russe , français : –la position de consul de France est d’ailleurs héréditaire à Safed : tenue par la famille Abbo, ceci depuis le règne du roi Louis-Philippe (Samuel Abbo, consul durant 33 ans et Jacob Hai Abbo, tous deux  grands rabbins des Séfarades de Safed, ainsi qu’Isaac Abbo) Il y a en effet un nombre assez considérable de « Moriscos » (Mauresques), Juifs originaires de l’Afrique du nord française. ) Une grande misère (disette généralisée) s’ensuit, causant le départ de nombreuses familles. Les jeunes hommes susceptibles d’être enrôlés dans l’armée turque, fuient la région ou se cachent. Une épidémie de typhus éclate en 1916 et dure plus d’une année, causant des ravages énormes. En 1919, il ne restait plus que 2500 Juifs à Safed, sur les 7000 des années de l’avant-guerre (la population juive du pays étant passé de 85000 à 56000) !

 

Quelques faits historiques marquant le conflit. 1914: Les Turcs rejettent la proposition des leaders sionistes (Ben- Gurion, Ben-Tzvi) de former une légion juive aux côtés des unités turques ! Débute une série de mesures anti-juives en Palestine : 6000 Juifs russes sont expulsés de Jaffa et 700 d’entre eux, déportés à Alexandrie, en Egypte. 7000 personnes quittent le pays en l’espace de un mois tandis que des milliers d’autres demandent la citoyenneté ottomane afin d’échapper aux persécutions. D’autre part, les droits de capitulation (protection accordée par les divers agents consulaires étrangers) sont annulés. 1915 : toutes les activités sionistes sont interdites, y compris les écoles, banques, journaux, etc. Egalement proscrits, tous les symboles sionistes, timbres compris. Les leaders comme Ben-Gurion et Ben-Tzvi sont exilés en Egypte. Une famine sévit à travers tout le pays, et pousse les Etats-Unis à expédier des vivres par bateau. La communauté juive américaine fait parvenir de l’argent. 1916 : Un bataillon juif est créé au sein de l’armée britannique, qui arrivera en Palestine seulement en juin 1918, après la cessation des combats (fait délibéré de la part du commandement britannique). En avril, les autorités turques expulsent les derniers habitants juifs de Jaffa. 9000 personnes fuient vers le nord où ils connaîtront les affres de la faim et de la maladie. 1917 : Le réseau d’espionnage juif Nili, en faveur des Alliés (dirigé par l’agronome, Aaron Aaronsohn) est décimé et ses principaux responsables, torturés et exécutés. En octobre, les Britanniques capturent la ville de Beer Sheva et chassent les Turcs de Gaza. En novembre, le gouvernement britannique publie la déclaration de lord Balfour, adressée à lord Rothschild, où est affirmé la volonté britannique de faciliter l’établissement d’un « foyer juif » dans la région. Le 9 décembre, Jérusalem est enfin investie et libérée. 1918 : Les Turcs capitulent le 31 octobre . 1920 : Sous l’égide de la Société des Nations (ancêtre des Nations Unies) la Grande-Bretagne devient la puissance mandataire qui va gérer la Palestine jusqu’en 1948.

 

L’année 1914 avait vu la disparition de l’un des derniers responsables spirituels : R. Yakov David Villavsky (le Ridbaz). Il laissait derrière lui un commentaire très connu du Talmud de Jérusalem et des textes concernant la loi de la Shémittah (repos de la terre la dernière année d’un cycle de sept ans : les travaux agricoles sont alors interdits). Loi rarement observée à cette époque (et de nos jours) que le Ridbaz s’efforça de faire appliquer par les paysans de la région. Le séjour à Safed d’un grand sage, R. Shlomo Eliezer Elfandari (plus connu sous le nom de Chacham Elfandari) marqua profondément les Juifs de Safed. Ses connaissances en matière de Torah étaient proverbiales, ayant mémorisé des centaines d’ouvrages et de commentaires. Les fidèles se pressaient pour entendre ses paroles de sagesse. Il prédit le conflit mondial quelques mois avant sa déclaration officielle. Vers la fin de sa vie, ses nombreux écrits, disparurent mystérieusement. Ils furent retrouvés après sa mort, en 1930 (âgé de près de 120 ans !) dans le caveau de R. David Shlomo Ivshitz, situé à Safed.

 

LA PAIX, ENFIN ?

Le mandat britannique sur la Palestine et la fameuse déclaration de Balfour pour l’établissement d’un « foyer juif » pouvaient faire croire aux Juifs qu’une nouvelle ère s’ouvrait, prometteuse de paix. Hélas, la politique britannique allait vite favoriser la communauté arabe, au détriment de la communauté juive. Encouragés par le laxisme mandataire, les Arabes fomentèrent des révoltes, suivies immanquablement par des pogromes. Celles de 1929, affectèrent les villes de Jérusalem, Hébron et Safed. Le 29 août, des centaines d’Arabes pénétrèrent dans le quartier juif, le dévastant totalement et tuant ou blessant tout Juif rencontré sur leur passage. Le rabbin de la communauté séfarade, R. Yishmael Kohen, et son épouse, étaient sauvagement assassinés. Le feu mis aux maisons juives, par un soudain changement de direction du vent, gagna le quartier arabe, ce qui força les pogromistes à abandonner leur œuvre destructrice. On remarquera, qu’à chaque occasion, les forces britanniques, intervinrent avec beaucoup de retard et de mollesse. La plupart des meurtriers échappèrent à la justice mandataire. La situation de tension extrême entre les deux communautés persistera (avec une autre émeute anti-juive en 1936) jusqu’en 1948.

 

RENAISSANCE

Le plan de partition des Nations Unies qui crée deux états, juif et arabe, est approuvé le 29 novembre 1947 par les dirigeants juifs (Safed est inclus dans l’état juif). Ce plan est malheureusement rejeté par les Arabes. La Ligue arabe annonce le 15 janvier 1948 que les armées des pays membres (Egypte, Liban, Iraq, Arabie Saoudite, Syrie, Jordanie et Yémen) occuperont toute la Palestine dès le départ des Britanniques, prévu pour le 15 mai 1948. L’avertissement est clair.

Dès le 16 mai, les troupes britanniques évacuent Safed, laissant leurs installations aux mains des Arabes. Des combats violents vont se dérouler durant près de un mois. Bien que dix fois moins nombreuses, les forces juives vont conquérir les positions ennemies, dont la forteresse de Matzouda qui dominait la ville. Le 12 mai 1948, Safed est entièrement libérée.

Les décennies qui vont succéder seront celles d’un renouveau religieux. Diverses communautés, petit à petit, s’y installeront. Des yéshivoth sont créées et accueillent des centaines d’étudiants. On y retrouve toutes les tendances spirituelles. Ainsi le Chabad (mouvement Loubavitch) qui construit des habitations pour les familles religieuses, des centres d’études, séminaires, etc. De même pour les communautés des Sanzer (R. Chaim de Santz) et des Breslever (R. Nahman de Breslev) et bien d’autres encore, qui drainent vers elles un nombre important de « Baalé Teshouva » (personnes retournant à la pratique religieuse). La ville entière est ainsi animée par une ferveur religieuse intense et contagieuse !

D’autres activités, plus terre à terre, contribuent à la vitalité de Safed. Voir les galeries d’art, présentes un peu partout, où l’on peut rencontrer les artistes et discuter avec eux en toute simplicité. Le tourisme représente la source économique la plus importante de la région. Un plan d’aménagement concernant les accès (pas toujours aisés en été) est en voie de concrétisation, bien que les habitants redoutent ses effets pervers. La modernité est-elle compatible avec l’esprit originel, et original, de la cité ? L’avenir nous le dira.. Safed est également ville d’accueil : de nombreuses familles originaires de l’ex-URSS et d’Ethiopie (Falashas) s’y sont installées depuis une dizaine d’années, apportant avec elles une autre touche exotique.

 

LA DERNIERE VISITE 

Nombreux sont ceux qui, visitant la ville, vont aller prier auprès de la tombe d’un ou plusieurs Tzaddikim. Le Zohar nous apprend que les prières des morts (qui, d’après le Talmud, dans le cas des Tzaddikim, sont considérés comme toujours vivants) protégent les vivants. La loi (halakha) permet au fidèle de demander au Tzaddik d’intercéder pour lui auprès de la cour céleste. Des règles strictes régissent ces visites. En voici quelques unes. Les interdictions : de manger ou de boire, de s’asseoir ou de marcher sur les tombes, d’entrer dans un cimetière le Shabbath ou un jour de fête (les Kohanim (Cohen), les hommes et femmes impures ou enceintes, ne peuvent y pénétrer en tout temps), d’étudier la Torah, sauf si cela est fait en l’honneur du défunt, etc. Diverses coutumes sont pratiquées, comme celles de tourner sept fois au tour de la tombe, de placer une pierre sur celle-ci ou de jeter une touffe d’herbe par-dessus l’épaule, allusion à la résurrection des morts (Psaume 72, 16). Une prière particulière est récitée dans laquelle est nommé le Saint concerné.

 

Naturellement, le visiteur ne manquera pas d’aller à quelque distance de Safed, sur le Mont Meiron, (avec ses 1208m, le point le plus élevé de Galilée) site bien connu pour avoir accueilli l’illustrissime Rabbi Shimon bar Yochai (acronyme « RASHBI », 100-160 ? de notre ère, vers 200 selon d’autres sources) et son fils Eleazar. Selon la tradition, c’est lui qui a rédigé le « Livre de la Splendeur », le Zoar, (certains savants modernes contestent les origines  de cet ouvrage) Condamné à mort par les Romains en raison de ses critiques virulentes des mesures anti-juives, il se réfugia dans une grotte près du village de Péki’in (ce village, d’après la tradition a été habité continuellement par des Juifs depuis la destruction du Deuxième Temple, qui n’ont jamais été exilés. De nos jours, appelé « Bouqei’a » -la petite vallée- en arabe, il est majoritairement druze et chrétien, avec une seule famille juive. Au nord, se trouve le moshav « Péki’in HaKhadasha –la Nouvelle Péki’in- (fermes semi-collectives) fondé en 1955) et y passa plus de treize années, se nourrissant exclusivement de baies et de graines de caroube. On raconte qu’il se rendit lui-même à Rome pour rencontrer l’empereur Antonin, et qu’il réussit à le persuader d’annuler l’interdiction de la circoncision et d’autres pratiques religieuses juives. Les communautés de Meiron et de Tzippori se disputèrent le privilège de recevoir sa dernière demeure, mais, un fait miraculeux survint pour les départager : le lit sur lequel il reposait, s’éleva dans les airs et se dirigea vers la caverne où il avait passé de si nombreuses années. Plus tard, son fils Eleazar et son plus proche disciple, R. Yitzhak, y seront inhumés. Au fil des années, des structures permanentes furent aménagées dans une cour, près de leurs sépultures. De nos jours, un nombre important de fidèles vient s’y recueillir. C’est durant la fête de Lag Ba-Omer (33ème jour (lag=lamed=30 et guimel=3) Omer : période allant de Pessah –Pâques- à Shavouoth –Pentecôte) qui coïncide avec le yartzeit (anniversaire de la mort) de R. Shimeon bar Yochai, qu’un rassemblement, appelé « Hiloula de Rashbi » est organisé, rassemblant des milliers de personnes venues de tout Israël et de l’étranger. Cet événement est dominé par une grande joie, et exprimée à travers des chants et des danses. Des bougies sont allumées en mémoire des défunts. C’est également l’occasion de la première coupe de cheveux (la Chalaka) des petits garçons âgés de trois ans. Cérémonie durant laquelle le père danse avec son fils sur ses épaules.

 

DERNIERE REMARQUE : nous avons utilisé, pour certains mots hébraïques, comme « Chalaka » ci-dessus, le « CH » pour traduire le son « R » doux ou dur/guttural (du RESH et du RETH), ou le « H » au début d’un mot et parfois « KH » Nous prions le lecteur de nous pardonner pour ces « libertés phonétiques » ! De même pour l’orthographe des noms de personnes, de choses ou de lieux, qui varie énormément selon les sources.. 

 

 

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BIBLIOGRAPHIE  SUCCINCTE:

 

Safed. The mystical city. Dovid Rossoff. 1991. Sha’ar Books. Jérusalem (distribué par les éditions Feldheim, NY, USA) Très documenté, nombreuses anecdotes concernant les kabbalistes de Safed, photographies, cartes. Nous y avons puisé beaucoup des informations présentées sur ces pages. Nous le recommandons vivement à tous !

Geography of Israel. Efraim Orni et Elisha Efrat. 1976. Israel Universities Press, Jérusalem. Cet ouvrage est un must pour ceux qui désirent connaître Israël dans sa matérialité : paysages, géologie, climat, flore et faune, histoire (depuis l’âge de pierre), vie économique, démographie (note : les deux dernières sujets ne sont plus valables)

Dictionary of Jewish Biography. Geoffrey Wigoder. 1991. Simon & Schuster, New York. Les biographies des Juifs célèbres à travers tous les temps. Passionnant !

Dictionary of Jewish Lore and Legend. Alan Unterman. 1991. Thames & Hudson. London.

The Timetables of Jewish History. Judah Gribetz, Edward Greenstein and Regina Stein. 1994. Touchstone. Simon & Schuster. Une chronologie des évènements touchant au peuple juif depuis les origines. Un remarquable pavé, grand format, de 808 pages. Indispensable !

A descriptive Geography and brief Historical Sketch of Palestine. Joseph Schwarz. Traduit de l’hébreu par Isaac Leeser. 1850. Philadelphie. Remarquable ouvrage, fourmillant d’informations et d’anecdotes, pour la plupart inédites, sur la vie passée et présente (19° siècle) des Juifs et des Musulmans et sur les sites bibliques

 

 

 

 

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